top of page

Innovation & égalité professionnelle femme-homme : créer des nudges pour prévenir le sexisme

Les inégalités entre les femmes et les hommes sont aussi vieilles que le monde. Si l’évolution de la réglementation et la mise en œuvre de dispositifs à l’école comme au travail ont permis certaines avancées, les discriminations sexistes et les inégalités professionnelles tendent à perdurer. Elles trouvent leur origine dans le fonctionnement même du cerveau humain, hérité de l’évolution de notre espèce.


Mieux comprendre les mécanismes neurocognitifs et émotionnels à l’œuvre permet d’envisager de nouvelles solutions, telles que les nudges, ces « coups de pouces neuronaux » qui incitent les individus à adopter volontairement une attitude ou un comportement, sans créer d'obligation ni d'interdiction.


Spécialiste de l’égalité professionnelle femme - homme, Alter Egaux nous partage ses défis et les raisons pour lesquelles l’équipe cherche à innover en se formant à la conception de nudges.



Quels sont les enjeux et missions d’Alter Egaux ?


Alter Egaux est une société coopérative réalisant des prestations de conseil et de formation sur 3 thématiques principales :

  1. L’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes

  2. La mixité des métiers

  3. La prévention du sexisme dans toutes les sphères de la société, notamment au travail.


Ainsi, nous mettons en place des dispositifs qui touchent des bénéficiaires aux profils très divers, allant de la petite enfance à l’âge adulte :

  • ateliers à destination des élèves, dès la maternelle, au sujet de l’égalité fille/garçon,

  • accompagnement sur plusieurs mois pour des femmes en recherche d’emploi ou de formation qualifiante,

  • aide à l’orientation et à l’insertion professionnelle,

  • promotion de la mixité des métiers,

  • sensibilisation et prévention des violences sexistes et sexuelles

  • accompagnement des organisations dans le cadre des obligations Rh…


Quels mécanismes cognitifs et émotionnels expliquent les discriminations ?

Nous abordons les discriminations par le prisme du genre : l’égalité femme - homme est vraiment notre thématique phare. Cependant, nous élargissons notre action à toutes les discriminations dans le cadre d’un dispositif particulier qui traite des discriminations croisées : « discriminer ça s’apprend, ne plus faire aussi ».


Pourquoi ? Parce que, derrière les 25 critères définis par la loi française (le sexe, l’identité de genre, l’âge, l’état de santé, le handicap…), la mécanique discriminatoire est la même. Quel que soit le sujet de discrimination, des biais cognitifs et émotionnels entrent en jeu, s’expriment par des préjugés ("jugements a priori") et se traduisent par des décisions et des actes discriminatoires volontaires ou même involontaires, ces biais cognitifs étant inconscients.


Notre cerveau catégorise toutes choses : le connu, l’inconnu, la sécurité, le danger, les hommes, les femmes, les petits, les grands, les jeunes, les vieux…, créant ainsi des stéréotypes. Cette vision simplificatrice, voire binaire, du réel lui permet de prendre des décisions rapides.


Nous avons tous des stéréotypes dans notre inconscient, même s’ils varient selon les époques et les cultures. Le cerveau humain ne peut pas se débarrasser de tous ses biais et stéréotypes mais il est possible d’apprendre à les reconnaître : il est important de le conscientiser aussi pour déculpabiliser, changer peu à peu son regard et son comportement.



Quelle(s) approche(s) choisir pour faire évoluer les comportements sexistes ?


C’est cette approche réflexive que nous adoptons lors de nos sensibilisations et de nos formations, afin de répondre aux multiples questions posées : Qu’est qu’un préjugé ? Comment en vient-on à hiérarchiser, dans notre esprit, différents groupes de personnes ? Comment ce processus cognitif de discrimination finit par se traduire en actions, lorsque nous différencions dans les faits certains groupes par rapport à d’autres ?


L’approche réflexive, donc cognitive, permet de mieux comprendre comment tout cela fonctionne dans notre tête et comment on en vient à discriminer. Mais ce qui est intéressant avec les nudges, c’est qu’ils permettent de travailler également sur le côté émotionnel et comportemental. Grâce à eux, nous pouvons faire évoluer nos comportements, sans forcément passer par un processus cognitif, une réflexion sur le sujet. L’approche réflexive / cognitive et l’approche émotionnelle / comportementale sont très complémentaires.



Pourquoi apprendre à créer des nudges ? A qui sont-ils destinés ?


Plutôt que d’appliquer des nudges existants, les 11 membres de l’équipe Alter Egaux ont souhaité se former pour apprendre à en concevoir et à les déployer sur le terrain, au plus près des besoins de nos bénéficiaires... à la différence d’entreprises qui cherchent à créer des nudges en interne pour changer les comportements de leurs collaborateurs.


Une idée supplémentaire a germé en cours de formation avec IME Conseil : peut-être envisagerons-nous de créer des nudges collaboratifs avec nos bénéficiaires... quand la méthodologie de conception aura bien été intégrée et aura porté du fruit.



Qu’est-ce qui vous a personnellement le plus marquée dans cette formation à la création de nudges ?


Ce qui m’a le plus fortement interpelé n’est pas un exercice de création de nudges mais un exercice de l’Approche Neurocognitive et Comportementale qui s’appelle « la multiplication des points de vue ». Le formateur, Jean-Louis Prata (expert ANC et Directeur Innovation), nous a proposé cet exercice alors que nous réfléchissions à comment faire pour que les gens ne restent pas passifs face à une blague sexiste.


Appliqué à ce sujet, l’exercice de multiplication des points de vue consistait à se poser encore et encore la question « comment réagiriez-vous à une blague sexiste si vous étiez… un coiffeur ? un extra-terrestre ? une danseuse étoile ? un soldat chinois ? un enfant de 6 ans ? une centenaire ? un enseignant ? une conductrice de poids lourds ? etc. ».


Cet exercice m’a vraiment décontenancée. Même s’il nous conduisait à donner des réponses originales, parfois décalées, drôles ou caricaturales, j’avais vraiment du mal à comprendre l’intérêt de ce jeu au vu de l’objectif initial qui était de créer un nudge sur les blagues sexistes. Pourquoi nous mettre dans la peau de tous ces personnages ? Cela permettrait-il vraiment de trouver des nudges ? Je me disais que mes interrogations devaient être le fruit de l’un de mes biais cognitifs ou de ma tendance à aller droit au but pour chercher tout de suite comment on va mettre en place la solution.


En fait, le formateur nous a expliqué que ce n’était pas un exercice qui avait pour but de créer un nudge relatif aux blagues sexistes mais un exercice qui visait à libérer la créativité pour nous mettre en condition mentale de concevoir un nudge. Il n’avait rien à voir avec la création du nudge lui-même ! Son objectif était de nous aider à solliciter les bonnes ressources cérébrales, notamment celles du cortex préfrontal, indispensable pour être en état de créer.


J’ai trouvé cela très intéressant et, du coup, je me dis que cet exercice pouvait s’appliquer à pleins d’autres situations où nous avons besoin d’innover, ce que le formateur a confirmé : l’exercice de « la multiplication des points de vue » peut être utilisé dans de multiples situations au travail, par exemple lorsque nous construisons un plan de formation et que nous cherchons des solutions non pas basiques mais innovantes. Cet exercice nous aide à penser différemment les choses, à sortir du cadre habituel...


Il nous sera aussi très utile dans le cadre de brainstormings quand l’équipe se réunit pour réfléchir à de nouvelles idées telles que des phrases accrocheuses pour une exposition.

Nous pourrions même le pratiquer au début de chaque session d’atelier pour réveiller notre créativité ! Si on veut faire quelque chose d’innovant, il faut être soi-même en capacité d’innover… Sinon, on fait du neuf avec du vieux : on ne crée pas quelque chose de vraiment nouveau.

Je n’avais pas du tout conscience de cela avant notre formation et cette découverte m’apparaît très stimulante pour la suite.



Qu’est-ce qui vous a personnellement le plus marquée dans cette formation à la création de nudges ?


Les nudges créés en formation vont être testés sur le terrain et, en fonction des retours, ils seront déployés ou bien retravaillés pour plus d’efficacité. La création de nudges est un processus itératif qui va s’enrichir avec le temps et la pratique.

Enfin, dans le cadre du « Club égalité », club de professionnels piloté par Anne-Gaël Bauchet (Directrice Alter Egaux), nous réfléchissons à « comment briser le plafond de verre ». L’un des groupes de travail a pour mission de créer un nudge sur cette thématique. Nous ne sommes qu’au début du projet mais il sera intéressant de voir ce qui émane de ce groupe composé de professionnels de secteurs très variés (public, privé, associatif…). Le nudge créé pourra ainsi être testé directement dans leurs structures et les enseignements seront sûrement très riche. J’ai hâte de découvrir ce que ces innovations apporteront sur le terrain.

Interview d'Alexandra BOMMART réalisé par Céline Butin, expert ANC et communicante.



Alexandra BOMMART :


Titulaire d’un master en Humanités et management et riche de précédentes expériences dans le secteur de l’égalité professionnelle F/H et de la lutte contre les violences faites aux femmes, j’ai intégré Alter Egaux en janvier 2021 en tant que chargée de mission.


Aujourd’hui directrice adjointe, je m’occupe du développement commercial et de la communication de la société coopérative, supervise la coordination de plusieurs dispositifs, co-pilote un projet de création de serious game pour prévenir les violences sexistes et sexuelles au travail et un dispositif sur la prévention des discriminations croisées dans l’emploi. Je suis également membre du comité stratégique et de l’équipe de formation professionnelle.


ALTER EGAUX :


Alter Egaux est une société coopérative, experte des mécaniques discriminatoires, qui œuvre pour l'égalité professionnelle, la mixité des métiers, la prévention des violences sexistes et sexuelles dans toutes les sphères de la société.


Créée en 2012, Alter Egaux est une agence qui a vocation à répondre à un besoin fondamental : créer une dynamique partagée et engageante pour construire collégialement une culture de l’égalité dans toutes les sphères de la société.

Nous proposons des prestations et formations sur mesure, adaptées aux structures et à leur positionnement stratégique.




コメント


bottom of page